Mémoires d'une apprentie Dérailleuse
Quand on arrive à Monchandy, le jeu c'est de voir le haut des tourelles le premier, au loin entre les feuilles en contrebas et entre les moutons, peint en
schtroumpf et bordeaux au creux de la route.
Jeudi 7 mai, nous voilà parties sous un beau soleil et sur une route de vacances à peine encombrée, on a mangé des gâteaux carrés dans la voiture sauf Antoinette
qui est allergique au soja et on est arrivées après un bon chrono à Gençay, haut lieu du Poitou sur le parking d'un intermarché top design où on l'a abandonnée. Elle avait une liste de course de
17 pages donc on s'est dit avec Myriam qu'on avait le temps largement d'aller ouvrir la maison et mettre les compteurs en route avant qu'elle ait terminé le rayon petit déjeuner. Quand même je
l'ai rejointe et alors là on en a rempli du caddie, un vrai concours du club mickey à qui en avait le plus à ras bord, à ras boire aussi j'étais impressionnée par la colonne
"liquide".
-"Antoinette, c'est tout en double sur ton fichier Xcell donc j'ai ramené les quantités de pineau à leur juste mesure. Mais non, répond-elle, c'est calculé au
plus juste, c'est bien neuf qu'il en faut, t'inquiètes c'est des sportifs mais ils ont aussi la dalle en pente". Soit, j'ai rempli.
Un demi bien mérité plus tard et cinq brouettées de vivres réparties dans plusieurs frigos, la maison vit, les dérailleurs sont presque tous là, jamais vu autant de
vélos au même endroit et si bien entretenus, mazette. Si ça se trouve ils savent même faire dessus. Chacune et chacune se sont casées, chacun et chacun dans un dortoir, c'est l'heure de l'apéro,
ça fait du bien d'être là et ils ont l'air bien sympas tous ces cyclistes me dis-je.
Prise et reprise de contact, un bon feu engloutit des demi-arbres. Sylvie et Florence sont arrivées de Paris les premières, et puis Séverine avec Jean-Pierre son
mari dans leur belle voiture, dans le désordre après je mélange Jean et Jérôme de Paris aussi en train, puis Christophe et Benoît de la Rochelle, Hélène et Véronique du 9cube, Antoinette et
Myriam aux manettes et plus tard Micka, moi je suis déjà montée dans mon donjon méditer sur est-ce que je sais toujours faire du vélo et dormir pour prendre des forces après mes 7 pineaux
de mise en jambe.
Au matin matinal, ensuite on déjeune bien et Antoinette monte un atelier sandwich dans la cuisine pour tous ses oisillons, avec jambon gruyère mais pas cornichons parce qu'il faut y aller mou, on
les garde pour le boursin demain. Et des chipesss, et des cahouètes parce qu'on n’est pas là pour acheter du terrain.
A 9h pétantes, nous voilà sous le porche à faire chauffer le moteur, moi je suis restée en pyjama parce que ça fera ça de moins à enlever comme habit ce soir mais
je suis impressionnée par la Dérailleurs'touch, tous jaune et noir et d'un chic. Ca cause pignon et disque de freinage, ça prend la température des pneus, la tenue la mieux est sans conteste le
cuissard à fond doublé chamois, garanti sans échauffement intra-soi, confortable en toute situation et amortisseur de choc. Inconsciemment je grave ça dans un coin de ma tête pour plus tard, ce
constat évident que pour faire bien, il faut faire équipé.
On est partis. Hop hop hop, maîtrise du guidon, ça chauffe. Tous à l’aise en selle, les montures piaffent.
Après 2h30 dans les jolis chemins même pas trop trempés, c’est le 8 mai et devant le monument aux morts de Sommières du Clain, un sosie du général de Gaulle, des anciens combattants et les huiles locales rappellent aux pédaleurs que jusque dans les petits villages des gens se sont battus, même ici donc. Pas foule, peu d’enfants, toujours émouvant ce chant des partisans.
Après, on croise un tracteur « Heureux comme un 51 dans l’eau » qui laboure le pré devant un château aux 100 000 fenêtres pas évidentes à laver j’imagine, un château de conte de fées au milieu de nulle part devant lequel on se photographie avantageusement comme aurait pu le faire la Montespan, les dérailleurs on les aime aussi pour ça. Le patron est là, le tôlier comme on dit mais il fait un peu fin de race et visiblement il a du mal à charger 3 bûches dans le coffre de sa voiture, il ne doit pas faire ça souvent. Une armée de cycliste sur des pelouses à la française devant le château de Bailleul, donc (voir photos). (NDLR : en fait c’est le Château de Vareilles parce que Bailleul, c’est à quelques centaines de kilomètres de là…sûrement l’effet « pineau mise en jambe »).
Et puis pique-nique sur l’aire juste en bas, parce qu’on est les gueux sous la presque pluie et que personne ne nous a invités à l’intérieur. Excellents sandwichs.
On repart, les peaux de chamois sont bien en place visiblement sur tous les cuissots de la compagnie mais quand même ça caille en pyjama, et un bon café sera le bienvenu en point d’orgue des cahouètes et du sandwich. On retrouve au bar de Sommières tous les anciens combattants qui se réchauffent l’âme autour d’un kir pêche, alors que Jean se demande où donc on pourrait bien goûter cette fameuse goutte du bouilleur de crû, la patronne en vend mais est-ce vraiment l’heure ?
La route ensuite est jolie et ça monte et ça descend un peu, de la rigolade pour les Dérailleurs qui cahotent facilement sur les caillasses traîtres sous les herbes. Un arrêt, il devrait y avoir un chemin mais il n’y en a pas là juste en face, c’est la faute à Mr Chassagne encore et à ses cartes de 1928, il a dû en goûter plus souvent qu’à son tour de la petite poire du bouilleur parce qu’il n’a pas l’air bien au fait du tracé des sentiers.
Heureusement Myriam a plus d’un tour dans son sac et l’air mystérieux, elle grimpe devant nous jusqu’à un lotissement de cochonnes. Etonnant non. Toutes planquées dans leur pav’ à l’heure de la sieste, elles couvent leurs petits et rien à faire, on ne les intéresse pas. Juste deux voisines qui font la causette au dessus de la clotûre électrique, n’écoutant que son courage Jean-Pierre en profite pour aller faire risette aux cochonnets dans leur soue mais les mamans commencent à grogner donc il bat en retraite. On enfourche, on repart, on a le temps et je commence à prendre goût au vélo dans les descentes. Pour la deuxième fois, on longe une drôle de ferme qui vend de la pintade et deux enfants désoeuvrés traînent dans le jardin, un grand gamin dégingandé et une fille à la robe trop longue, pas de son âge.
De l’orge ? du blé ? de l’orge ? du blé ? de l’orge ? du blé ? un ogre ?
Sur la route du retour, en contrebas d’un petit pont, une rivière piquée d’iris jaunes et un ballon de foot tout cuir attendent qu’on passe. Benoît court le chercher parce qu’il se ferait bien une partie et Micka descend cueillir un très joli bouquet pour vous verrez qui, qu’il rapporte comme une croix sur son dos, ça l’auréole d’une lumière quasi divine.
Ca crêpe pour rentrer jusqu’au jésus colorisé du carrefour et ensuite, nous voilà à la maison, on a quartiers libres, il paraît. J’ai les fesses en compote et j’en profite pour ne pas me laver et sortir la barque sur le Clain avec Christophe et Sylvie. Antoinette est partie herboriser pour vous savez qui, et les autres bien sûr je ne sais pas puisque je n’y étais pas.
Une jolie rivière, on se perd dans les hautes herbes d’un pré pour ramener des marguerites et de la carotte sauvage, le retour sert à reconstituer l’histoire de la nuit du chasseur. Love, Hate, ça fait tourner le monde depuis longtemps, on n’a rien inventé.
Grande activité à la cuisine, apéro au champagne sur le Clain pendant que les barbecues grillent des saucisses qui seront tueuses d’estomac. Séverine en a mangé six, les cochonnes l’avaient mise en appétit mais ça commence à faire, elle sera malade bien fait pour elle, on n’a pas idée.
C’est l’anniversaire de Myriam et c’est chouette d’être là, des berges qui en ont vu des bulles de fête mais celle-là est vraiment bienvenue et chaleureuse. Fleurie de baskets neuves notamment et de tous les boutons d’or du coin, elle a l’air contente la chef. On aime tous le beurre. A la fin du barbeuc et des côtes de porc délicieuses on se rapatrie auprès du gros feu dans la cuisine pour une répétition de loup garou (la vraie partie c’est demain).
Véronique a mal au dos et Jean-Pierre commence à avoir mal à sa galette (comprenez rotule). Hélène pète la forme mais elle doit s’économiser pour le marathon du mont saint michel le week-end suivant, ben voyons pourquoi pas. On n’a pas tous la même notion de l’économie.
Benoît semble d’airain, avec sa combinaison d’haltérophile, moi il m’impressionne, ne seraient les allusions à son tendon d’achille (les glaces deux boules chez le glacier du port à La Rochelle) j’oserais à peine lui parler, heureusement que Christophe lui rend toute son humanité en étalant ses péchés mignons culinaires, ça me rassure.
Une bonne nuit, et le lendemain au réveil une atmosphère d’outre tombe au déjeuner parce qu’il flotte, que les garçons n’ont pas envie de rouler et que ça promet de gadouiller partout. Mais à tout problème une solution, une séance de sandwich plus tard et la vapeur est renversée, Séverine nous rappelle que l’ordre c’est essentiel pour la société et qu’avec un flingue debout couchée cible mouvante ou pas, la vie est belle, du coup plus personne ne moufte et on y monte sur nos vélos. Hélène et Véronique m’ont prêté un cuissard en peau de chamois, j’apprécie, j’apprécie, c’est toujours ça d’amorti.
Coup de bol, il ne pleut plus, les chemins sont ravissants et frais et mouillés quand même sur les mollets et Myriam crève devant une baraque abandonnée envahie de roses sauvages.
Démonte peuneu avec cuillères, on regonfle la chambre à air, on repère le trou, on encolle autour, on attend que ça vulcanise (oui j’ai bon), une fois que c’est bien vulcanisé on colle la rustine sur l’ex trou et l’affaire est dans le sac, on remonte tout ça.
Il y a deux options de parcours, 30 ou 50 km pour rejoindre le plan d’eau du pique-nique, alors on fait deux groupes, l’un guidé par Myriam avec les éclopés les flemmards les lents et ceux qui veulent, pendant que les gazants menés par Benoît préparent un chrono du Poitou.
Peine perdue, au lieu d’y avoir un chemin il n’y en a pas (etc.) et du coup on se retrouve tous sur la même route à partir d’un charmant gué près d’une maison où je me serais bien arrêtée demander du sel. Après le pique-nique, on repart et on arrive à un autre gué du camel trophy que tout le monde franchit glorieusement sur les traces de Benoît, même Florence et moi pourtant on a bien essayé d’y couper.
Myriam recrève, vulcanisation etc., pas de chemin alors qu’il devrait y en avoir, une si belle nature, j’ai mal au cul mais c’st beau, quel plaisir. Véronique, Hélène et JP sont rentrés ; on croise de beaux chevaux dans un pré, je crois que c’est dans celui là qu’il y en a un que tout le monde trouve beau et jeune et fier et agile de loin et au fur et à mesure qu’on s’en approche on le trouve vieux et maigre et asthmatique. Dur constat, dans la vie c’est un peu pareil.
A l’arrivée le soir il fait beau, chouette, on part faire quelques courses avec Myriam et Antoinette et s’en jeter un au soleil à la terrasse du tabac de Gençay, que demander de plus c’est presque l’été, c’est presque parfait.
Le soir le barbeuk ça rigole pas, de la poissecaille, pendant que les sardines grillent Jérôme fait péter les watts et on fait une boum dans la cuisine, Micka est content je crois, il a électrifié sa soirée et autour de Séverine et Florence l’air est lourd.
Excellent dîner, on redanse un peu à l’heure du chocolat liégeois et quelques verres de pif plus tard, on s’envoie des parties de Loup garou dans le salon où Myriam et Benoît officient comme maîtres du jeu. Le village de Tiercelieu est étrange, plein d’amoureux, on met longtemps à y débusquer les loups garous et les villageois sont moins innocents qu’ils n’en ont l’air.
Moi avec tout ça je tombe de fatigue et la jambe raide je monte dans mon donjon de dragon, de princesse, demain il y a surprise au programme et ça c’est toujours bien ça aide à s’endormir. Et quelle surprise me direz-vous, une asinerie de baudets du poitou, trente cinq cœurs d’artichaud qui pèsent mouillés le poids d’un âne mort avec toute la bourraille et la guenillette qui pendouillent de leurs flancs.
Là, j’ai une pensée pour ma grande sœur avec qui je n’aurais jamais pensé partager un jour une grange remplie d’âne et d’amis cyclistes un dimanche de mai, quand il pleut des cordes et qu’ils mordent parce qu’ils ont besoin d’affection (les ânes).
Et puis c’est un autre pique-nique d’adieu, corniflards jambons de pays celui-là et préparé au petit poil parce que l’atelier sandwichs est maintenant rodé. De toutes petites mules miniatures s’enfuient du champ mais pas loin et c’est pas grave notez bien, quelle belle vie c’est le paradis des animaux ici. Ils font même du cinéma, ils ont joué dans les visiteurs 2, ces baudets sont les rolls des baudets.
Et puis on se dit au revoir, Séverine et son mari JP dans leur belle voiture familiale regagnent Chartres et sa cathédrale avant les bouchons parce qu’il y a école demain, et les autres rentrent faire les sacs et remballer les vélos. On ferme les volets, 98 km au compteur, pas plus, pas moins. Chacun repart dans sa maison. Quatorze vttistes, quatorze personnes, des tas de possibilités, Une dernière bière à l’abri d’un noisetier avec Antoinette et Myriam, je les trouve jolies toutes les deux parmi ces feuilles. Je suis contente, je ramasse des pivoines, je ne vois plus les choses tout à fait de la même façon, des projets peut-être même pourquoi pas ?. Je ne sais pas si tout ça rend bien compte de ce week-end Dérailleurs dans le Poitou mais j’avais prévenu, je ne maîtrise pas les vitesses.
Marie
NDLR : Marie, quand elle fait un compte-rendu, elle raconte des conte de fées, c'est joli et touchant... :)
Les Randos Dérailleurs

Les photos du week-end sont dans
l'album Poitou.
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